Le resvératrol (Resveratrol) est une molécule naturelle de la famille des polyphénols, présente principalement dans la peau des raisins rouges, le vin rouge, les baies et les arachides. Ces dernières années, le resvératrol a suscité un grand intérêt en raison d'études en laboratoire et sur des animaux qui ont suggéré des propriétés biologiques intéressantes, notamment un effet potentiel sur les mécanismes liés au vieillissement. Il est important de préciser d'emblée : les grandes attentes associées à cette molécule n'ont pas encore été démontrées chez l'humain, et certains essais cliniques ont donné des résultats décevants ou incohérents.
Comment le resvératrol est-il censé influencer le vieillissement ?
Les chercheurs ont proposé plusieurs mécanismes biologiques par lesquels le resvératrol pourrait contribuer à la protection des cellules, mais la plupart ont été observés principalement en laboratoire et chez les animaux, sans avoir été entièrement validés chez l'humain :
1. Activation des sirtuines (SIRT1) : L'hypothèse centrale, sur laquelle reposait l'enthousiasme, est que le resvératrol active l'enzyme SIRT1, impliquée dans la régulation métabolique et imitant en partie les effets de la restriction calorique. Cette hypothèse est scientifiquement controversée : certains chercheurs affirment que l'activation in vitro était un sous-produit de la méthode de mesure et non un effet direct réel.
2. Protection possible contre le stress oxydatif : Les radicaux libres sont des molécules agressives qui endommagent les cellules et les tissus. In vitro, le resvératrol se comporte comme un antioxydant, mais on ne sait pas dans quelle mesure cet effet se traduit par un bénéfice dans le corps humain, principalement en raison de sa faible biodisponibilité (voir ci-dessous).
3. Effet sur l'expression génique : Chez les animaux, un effet a été observé sur l'expression des gènes liés au métabolisme et au stress oxydatif, mais la traduction de ces résultats chez l'humain est encore loin d'être établie.
4. Fonction mitochondriale : Les mitochondries sont les « centrales énergétiques » de la cellule et sont responsables de la production d'énergie. Dans des études animales, le resvératrol a été associé à une augmentation du nombre de mitochondries et à une amélioration de leur fonction, mais là encore, il s'agit principalement de résultats qui n'ont pas encore été confirmés chez l'humain.
La biodisponibilité, la faiblesse centrale
L'un des principaux problèmes du resvératrol en tant que complément est qu'il est bien absorbé par l'intestin mais subit une dégradation rapide et étendue dans le foie, de sorte qu'une quantité infime de la molécule active atteint la circulation sanguine. Cette faible biodisponibilité rend très difficile l'obtention dans le corps des concentrations qui ont montré un effet in vitro, et c'est l'une des principales raisons de l'écart entre les résultats prometteurs en laboratoire et les résultats relativement décevants chez l'humain. Pour contourner ce problème, un composé expérimental appelé SRT501 (resvératrol à taille de particules réduite) a été développé, mais son développement clinique a été interrompu après qu'un essai chez des patients atteints de myélome a invalidé son profil de sécurité et que son efficacité s'est avérée minime.
Que montrent réellement les études ?
- Levures (2003) : L'étude fondatrice de Howitz et Sinclair, publiée dans la revue Nature, a été menée sur des levures (et non des souris) et a constaté que le resvératrol était l'activateur le plus puissant des sirtuines parmi les composés testés, prolongeant la durée de vie des cellules de levure d'environ 60 à 80 pour cent. Il s'agit d'une découverte fondamentale importante, mais elle est très éloignée des humains.
- Souris sous régime hypercalorique (2006) : L'étude célèbre de Baur et Sinclair, également publiée dans Nature, a constaté que le resvératrol améliorait la santé et la survie de souris nourries avec un régime hypercalorique (obésogène), réduisant leur mortalité d'environ 30 pour cent par rapport aux souris obèses n'en recevant pas. Notez bien : il s'agit d'une réduction de la mortalité chez des souris malades d'obésité, et non d'une prolongation de la durée de vie chez des souris en bonne santé.
- Souris sous régime normal (2008) : L'étude de suivi de Pearson et Sinclair, publiée dans la revue Cell Metabolism, a constaté que le resvératrol améliorait divers marqueurs de santé et ralentissait les signes de vieillissement chez des souris sous régime normal, mais n'a pas prolongé leur durée de vie. Il s'agit d'une découverte centrale qui est souvent omise : chez les souris en bonne santé, le resvératrol n'a pas ajouté d'années de vie.
- Humains, fonction vasculaire : Des revues systématiques et des méta-analyses d'essais contrôlés ont constaté que le resvératrol pourrait améliorer modérément les mesures de la fonction vasculaire (comme la dilatation médiée par le flux, FMD), principalement chez les personnes présentant des facteurs de risque cardiométaboliques. Cependant, les résultats ne sont pas cohérents, certains essais n'ont montré aucun effet, et les études sont de courte durée, de sorte qu'on ne peut pas en déduire un effet sur le vieillissement ou l'espérance de vie.
Alors, le resvératrol peut-il vraiment « inverser l'âge » ?
La réponse prudente et honnête est : on ne sait pas, et il n'y a actuellement aucune preuve de cela. La recherche sur le resvératrol dans le contexte du vieillissement en est encore à ses débuts, la plupart des preuves impressionnantes proviennent de laboratoires et d'animaux, et les essais chez l'humain ont jusqu'à présent été limités, de courte durée et parfois décevants. La faible biodisponibilité et l'échec du développement clinique (SRT501) illustrent à quel point le chemin du laboratoire à l'étagère de la pharmacie est long. Les résultats existants sont intéressants et justifient la poursuite des recherches, mais ils n'établissent en aucun cas l'affirmation selon laquelle le resvératrol ralentit ou inverse le vieillissement chez l'humain. Comme toujours, il convient de consulter un médecin avant de prendre tout complément et de se méfier des promesses marketing exagérées.
Références :
https://www.nature.com/articles/nature01960
https://www.nature.com/articles/nature05354
https://www.cell.com/cell-metabolism/fulltext/S1550-4131(08)00182-4
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