Le coenzyme Q10 (CoQ10) est une molécule de type vitaminique présente dans presque toutes les cellules du corps humain, avec la concentration la plus élevée dans les tissus riches en énergie comme le cœur, le foie et les reins. Il existe sous deux formes principales : l'ubiquinone (la forme oxydée) et l'ubiquinol (la forme réduite, antioxydante). Ses rôles principaux :
- Production d'énergie : Le CoQ10 est un composant essentiel de la chaîne de transport des électrons dans les mitochondries, où l'ATP, la « monnaie énergétique » de la cellule, est produit. Sans lui, la respiration cellulaire ne peut pas avoir lieu.
- Antioxydant : Sous forme d'ubiquinol, le CoQ10 aide à protéger les membranes cellulaires et leurs lipides contre les dommages oxydatifs causés par les radicaux libres.
- Soutien mitochondrial : Au-delà de son rôle dans la production d'énergie, le CoQ10 est lié au maintien d'une fonction mitochondriale normale au fil du temps.
Les niveaux de CoQ10 dans les tissus corporels diminuent naturellement avec l'âge. Cette diminution a été observée dans le cœur, les muscles et la peau, et certains chercheurs la lient au processus de vieillissement. Cependant, il est important de noter d'emblée : on ne sait pas si la diminution du CoQ10 est une cause du vieillissement ou simplement l'un de ses signes. Une revue complète de 2019 (Barcelos & Haas, revue Biology) a examiné précisément cette question et est parvenue à une conclusion prudente : à ce jour, il n'y a pas suffisamment de preuves pour recommander un supplément de CoQ10 comme traitement anti-âge. C'est le point de départ honnête de cet article. Le CoQ10 est une molécule importante et fascinante, et dans certaines conditions médicales, il a un bénéfice prouvé, mais ce n'est pas une « pilule de jouvence ».
Ce qui marche et ce qui ne marche pas : un examen des domaines
1. Stress oxydatif et fonction mitochondriale
- Le CoQ10 agit comme un antioxydant liposoluble et protège principalement les membranes cellulaires et mitochondriales contre l'oxydation de leurs lipides.
- Biologiquement, ce rôle est bien établi. Ce qui est moins clair, c'est dans quelle mesure un supplément oral chez des humains en bonne santé se traduit par un bénéfice clinique mesurable à long terme, et c'est un domaine où les preuves sont encore partielles.
- La diminution des niveaux de CoQ10 avec l'âge existe, mais comme mentionné, le lien de causalité entre celle-ci et le vieillissement lui-même n'a pas été prouvé.
2. Santé cardiaque : c'est ici que les preuves sont les plus solides
C'est précisément dans le domaine cardiaque et vasculaire, et non dans le ralentissement du vieillissement général, que les preuves les plus solides pour le supplément de CoQ10 ont été trouvées, principalement dans les populations atteintes de maladies cardiaques ou chez les personnes âgées. Deux études notables :
- Étude Q-SYMBIO (Mortensen et al., 2014, publiée dans la revue JACC: Heart Failure) : Une étude randomisée en double aveugle portant sur 420 patients atteints d'insuffisance cardiaque modérée à sévère. Les patients ont reçu 100 mg de CoQ10 trois fois par jour (300 mg au total par jour) en plus de leur traitement médicamenteux habituel, pendant environ deux ans. Dans le groupe CoQ10, une réduction significative des événements cardiaques graves (mortalité cardiaque, hospitalisations pour insuffisance cardiaque ou besoin de transplantation cardiaque) a été observée, avec un rapport de risque d'environ 0,5 par rapport au placebo.
- Étude KiSel-10 (Alehagen et al., Suède) : Ici, il est important d'être précis, car cette donnée est parfois citée de manière erronée. Dans cette étude, des personnes âgées en bonne santé ont reçu une combinaison de CoQ10 (200 mg par jour) avec du sélénium (200 µg par jour), et non du CoQ10 seul, pendant quatre ans. Dans le groupe de combinaison, une réduction d'environ 54 % de la mortalité due aux maladies cardiovasculaires a été observée. Un suivi à long terme (publié dans PLoS One en 2015 et 2018) a montré que la protection était maintenue 10 et 12 ans après la fin de la prise. Attention : Comme l'étude a administré du CoQ10 et du sélénium ensemble, il est impossible d'attribuer le résultat au CoQ10 seul.
Les mécanismes présumés derrière l'effet cardiaque : amélioration de la production d'énergie dans les cellules du muscle cardiaque, protection antioxydante et réduction des marqueurs de stress cardiaque. Cependant, il s'agit de populations spécifiques (patients insuffisants cardiaques, personnes âgées), et il ne faut pas en conclure que toute personne en bonne santé bénéficiera de la prise de CoQ10.
3. Fonction cognitive et santé cérébrale : ici, les preuves sont décevantes
- Bien que des effets protecteurs sur le cerveau aient été trouvés dans des modèles animaux, chez l'humain, le CoQ10 n'a pas été prouvé pour améliorer la fonction cognitive.
- Dans des études sur des patients atteints de la maladie d'Alzheimer, la prise de CoQ10 n'a montré aucun effet mesurable sur les marqueurs cérébraux et n'a pas amélioré la fonction cognitive.
- Dans une étude sur des personnes présentant un déclin cognitif léger, la prise d'ubiquinol pendant un an a amélioré les mesures du flux sanguin cérébral et de l'inflammation chez les hommes, mais aucune amélioration de la fonction cognitive elle-même n'a été observée dans l'un ou l'autre sexe.
- En résumé : il n'existe actuellement aucune preuve qu'un supplément de CoQ10 améliore la mémoire, l'apprentissage ou la pensée chez les personnes atteintes d'Alzheimer ou de déclin cognitif léger. Les affirmations courantes sur Internet concernant « l'amélioration de la mémoire » grâce au CoQ10 ne sont pas étayées par les données cliniques.
4. Santé de la peau : une seule preuve réelle, limitée
- Il existe une étude randomisée contrôlée qui a trouvé un bénéfice réel, mais limité. Dans l'étude de Žmitek et al. (2017, revue BioFactors), 33 femmes âgées de 45 à 60 ans ont pris du CoQ10 par voie orale.
- Le groupe qui a pris 150 mg par jour pendant 12 semaines (et non 12 mois, comme parfois cité par erreur) a montré une réduction des rides autour des yeux et une amélioration de la douceur et de la fermeté de la peau. Une dose de 50 mg par jour n'a pas montré le même bénéfice.
- Il s'agit d'une étude relativement petite et unique, donc le résultat est prometteur mais pas suffisamment solide pour conclure qu'un supplément de CoQ10 est un traitement anti-âge prouvé pour la peau.
5. Autres domaines à l'étude
- Le potentiel du CoQ10 est étudié dans diverses conditions, notamment la migraine, l'infertilité masculine, les statines (voir ci-dessous) et la maladie de Parkinson. Dans certains cas, les preuves sont mitigées ou préliminaires. Dans la maladie de Parkinson, par exemple, de grandes études n'ont pas réussi à montrer un bénéfice clair.
- Il est important de ne pas conclure d'un « potentiel à l'étude » qu'il s'agit d'un traitement prouvé.
Statines et CoQ10 : un point important
Les médicaments de type statine, couramment utilisés pour réduire le cholestérol, réduisent également la production de CoQ10 dans le corps, car ils bloquent la même voie de biosynthèse. C'est l'une des raisons pour lesquelles les personnes prenant des statines se demandent parfois à propos d'un supplément de CoQ10, par exemple dans le contexte de douleurs musculaires. Les preuves concernant si le CoQ10 soulage réellement les douleurs musculaires liées aux statines sont mitigées. Si vous prenez une statine et envisagez un supplément, c'est une conversation à avoir avec votre médecin traitant.
Comment envisager l'utilisation du CoQ10
1. Compléments alimentaires :
- Les doses testées dans les études varient généralement de 100 à 300 mg par jour, selon la condition. Le CoQ10 est liposoluble, donc il est mieux absorbé avec un repas contenant des graisses.
- Le CoQ10 est considéré comme relativement sûr et bien toléré dans la plupart des études, mais il peut interagir avec certains médicaments, notamment les anticoagulants comme la warfarine.
- Consultez un médecin ou un pharmacien avant de commencer à prendre du CoQ10, surtout si vous prenez des médicaments, souffrez d'une maladie chronique, êtes enceinte ou allaitez.
2. Sources alimentaires :
- Le CoQ10 se trouve naturellement dans la viande rouge (en particulier les abats comme le cœur et le foie), les poissons gras, la volaille, certaines huiles de graines et en plus petites quantités dans les noix et les légumineuses.
- La quantité obtenue à partir de l'alimentation est relativement faible par rapport aux doses testées dans les études, mais une alimentation équilibrée contribue à des niveaux normaux.
En résumé
Le CoQ10 est une molécule biologique essentielle, et la science derrière son rôle dans la production d'énergie et la protection antioxydante est solide. Les preuves cliniques les plus solides concernent le cœur, principalement dans les populations souffrant d'insuffisance cardiaque ou chez les personnes âgées (et dans le cas de KiSel-10, en combinaison avec le sélénium). En revanche, il n'existe actuellement aucune preuve qu'un supplément de CoQ10 améliore la fonction cognitive, et il n'y a pas suffisamment de preuves pour le présenter comme un traitement anti-âge général. Comme toujours, la décision de prendre un supplément doit être prise avec un professionnel de santé, en fonction de votre situation personnelle.
Références :
Alehagen et al., PLoS One 2015 (suivi KiSel-10)
Mortensen et al., JACC: Heart Failure 2014 (Q-SYMBIO)
Barcelos & Haas, Biology 2019 (CoQ10 et vieillissement)
Žmitek et al., BioFactors 2017 (paramètres cutanés)
National Institute on Aging
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